Rejet de l’idolâtrie montfortiste et mémoire de Charles de Blois

Introduction

La guerre de Succession de Bretagne (1341–1364) opposa deux prétendants au duché :

  • Jean de Montfort, soutenu par l’Angleterre,
  • Charles de Blois, époux de Jeanne de Penthièvre, soutenu par la France.

La victoire militaire des Montfort à Auray en 1364 a consacré leur dynastie, mais au prix d’une rupture avec la légitimité coutumière et dynastique. L’héroïsation des Montfort, entretenue par une mémoire officielle, mérite d’être interrogée et rejetée comme une forme d’“idolâtrie”.

I. La construction d’une mémoire montfortiste

  • Victoire imposée par les armes anglaises : Jean IV de Montfort ne doit son duché qu’à l’appui militaire d’Édouard III.
  • Mémoire instrumentalisée : les Montfort ont imposé une légende dynastique, effaçant la légitimité successorale de Jeanne de Penthièvre et de son époux Charles de Blois.
  • Alliance contestable : en s’alliant à l’Angleterre, les Montfort ont fragilisé l’indépendance bretonne et accentué la dépendance aux puissances extérieures.

II. La légitimité et la mémoire de Charles de Blois

  • Légitimité successorale : Jeanne de Penthièvre, nièce du duc Jean III, incarnait le droit coutumier breton de transmission par les femmes. Charles de Blois, son époux, était donc le duc légitime.
  • Appui du roi de France : Philippe VI, oncle de Charles, soutenait sa candidature, renforçant sa légitimité politique.
  • Piété reconnue : Charles de Blois, surnommé “Charlez Bleiz” en Bretagne, était réputé pour sa ferveur religieuse et sa vie ascétique. Sa béatification en 1904 par l’Église catholique confirme cette mémoire spirituelle.
  • Mémoire occultée : sa mort à Auray a permis aux Montfort d’imposer leur récit, mais la tradition bretonne conserve le souvenir d’un duc fidèle à la justice successorale et à la France.

III. Une mémoire toujours vivante dans le Trégor

  • La mémoire de Charles de Blois ne s’est pas éteinte avec sa défaite. Elle demeure vivante dans la toponymie, les récits populaires et les lignages.
  • Les familles Charlez ou Charlès, très présentes en Trégor, portent encore aujourd’hui ce nom qui rappelle “Charlez Bleiz”.
  • Cette permanence patronymique illustre une mémoire populaire et familiale, distincte de la mémoire officielle des Montfort, et témoigne d’une fidélité silencieuse à celui qui aurait dû être duc de Bretagne.

Conclusion

L’exaltation de la dynastie montfortiste relève d’une mémoire construite et imposée par la force. À l’inverse, la mémoire de Charles de Blois, légitime héritier par son épouse Jeanne de Penthièvre, demeure vivante à travers la piété, la tradition et les familles bretonnes qui perpétuent son nom. Ainsi, rejeter l’idolâtrie des Montfort, c’est réhabiliter la mémoire de Charlez Bleiz, figure de justice et de fidélité, dont le souvenir irrigue encore le Trégor et la Bretagne.

Claude Guillemain-Charlès – Tregastell

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