Le FLNC‑Union des combattants (FLNC‑UC) est réapparu publiquement dans une vidéo clandestine où il dénonce une « colonisation de peuplement » en Corse et menace explicitement les non‑Corses présents sur l’île. Cette prise de parole, la première depuis 2024, a conduit le parquet national antiterroriste à ouvrir une enquête préliminaire pour association de malfaiteurs en vue de préparer des actes de terrorisme .
Au‑delà de l’événement, cette intervention interroge la manière dont les territoires insulaires et littoraux — dont la Bretagne — peuvent répondre aux tensions foncières, démographiques et identitaires sans basculer dans la violence.
Un diagnostic réel, mais une réponse dangereuse
Dans leur communiqué, les membres du FLNC‑UC dénoncent l’arrivée de « près de 5.000 étrangers, dont une majorité de Français » chaque année en Corse, assimilée à une « colonisation de peuplement galopante » .
La pression foncière est un phénomène bien réel, en Corse comme en Bretagne. Mais la réponse proposée par le FLNC‑UC — menace, exclusion, mise en scène armée — transforme un problème territorial en un problème ethnique. Elle oppose « Corses » et « non‑Corses » au lieu d’opposer spéculation et habitants.
Les kers et tudoù bretons défendent une approche inverse : territoriale, démocratique, non violente.
Le rejet de l’autonomie : une contradiction stratégique
Le FLNC‑UC qualifie le processus d’autonomie approuvé par l’Assemblée nationale de « mascarade » et estime qu’il « nie l’existence du peuple corse » .
Pourtant, l’autonomie est un levier concret pour protéger :
- le foncier,
- la langue,
- les communs,
- les services publics.
Refuser l’autonomie au nom de l’indépendance revient à refuser les outils permettant de reconstruire une souveraineté territoriale réelle.
Une mise en scène qui isole le mouvement
La vidéo montre une quinzaine d’individus cagoulés et armés, dans une esthétique héritée des « nuits bleues » des années 1970 .
Cette posture clandestine apparaît aujourd’hui en décalage avec les attentes des populations insulaires et littorales, qui cherchent des solutions :
- civiques,
- juridiques,
- coopératives,
- territoriales.
La Bretagne a connu les mêmes tensions foncières, mais a choisi d’autres voies : kers, tudoù, communs fonciers, coopératives d’habitants, Pinvidik.
Une rupture interne révélée par l’absence d’une signature traditionnelle
France 3 Corse Via Stella note l’absence de la signature « A ragione hè a nostra forza », habituellement utilisée par la branche FLNC‑22 octobre, ce qui pourrait indiquer une fracture interne .
Cette fragilité affaiblit la cohérence du discours et la capacité du mouvement à se présenter comme une force unifiée.
Ce que les territoires bretons peuvent retenir
- La pression foncière est un enjeu réel et partagé.
- La menace et l’exclusion sont des impasses.
- La souveraineté territoriale passe par les communs, pas par la clandestinité.
- Les kers, tudoù et Pinvidik offrent une voie territoriale, démocratique et non violente pour protéger les habitants et les ressources locales.
Conclusion
L’intervention du FLNC‑UC illustre une tension croissante entre dynamiques de peuplement et aspirations territoriales. Mais elle montre aussi les limites d’une stratégie fondée sur la menace.
Les territoires bretons démontrent qu’une autre voie est possible : reconstruire la souveraineté par les communs, la coopération et la démocratie locale, plutôt que par la confrontation armée.





