Pour en finir avec les mythes féodaux et retrouver la souveraineté des kers
La question « Qui est le Roi de Bretagne ? » semble, à première vue, relever de l’histoire ou du folklore. Pourtant, elle ouvre un champ bien plus vaste : celui de la souveraineté bretonne, de son origine, de sa légitimité, et de la manière dont elle a été confisquée, remodelée, puis effacée par les structures féodales et étatiques.
Car la Bretagne n’a jamais été une monarchie comparable à la France capétienne. Elle n’a jamais été un royaume héréditaire au sens strict. Elle n’a jamais été un duché vassal au sens où Paris l’a prétendu.
La Bretagne fut — et demeure dans sa mémoire profonde — une confédération de communautés territoriales, les kers, dont la souveraineté collective précède et dépasse les lignages nobles.
1. La royauté bretonne : une fonction élective, territoriale et communautaire
1.1. Les rois bretons ont existé
Les sources antiques et médiévales attestent l’existence de rois bretons :
- Riotham, au Ve siècle, reconnu par les Romains comme rex Britannorum
- Nominoë, au IXe siècle, qualifié de rex par les Francs
- Érispoë, qui signe un traité en roi
- Salomon, figure majeure de la souveraineté bretonne
Mais ces rois ne sont pas des monarques héréditaires. Ils ne fondent pas une dynastie royale continue. Ils ne transmettent pas un « droit divin ».
1.2. Une royauté non féodale
La royauté bretonne est :
- élective : les chefs sont choisis par les assemblées de peuples
- confédérale : elle coordonne des territoires autonomes
- non héréditaire : la succession n’est pas automatique
- non centralisée : le roi n’est pas un souverain absolu
Le roi breton est un primus inter pares, un garant de cohésion, non un propriétaire du territoire.
1.3. Une royauté interrompue, non abolie
La royauté bretonne disparaît progressivement avec :
- la montée du féodalisme,
- l’intégration forcée dans les structures capétiennes,
- la réduction de la Bretagne au statut de duché vassal,
- l’annexion de 1532.
Mais elle n’est jamais abolie par un acte légitime des peuples bretons. Elle est simplement confisquée.
2. Le Duc de Bretagne : un chef féodal, pas un roi
2.1. Le duc n’est pas le roi
Contrairement à une idée répandue :
- le duc de Bretagne n’est pas automatiquement roi,
- le roi de Bretagne n’est pas automatiquement duc,
- les deux fonctions relèvent de systèmes politiques différents.
Le duc est un seigneur féodal, intégré dans la logique européenne médiévale. Le roi est un chef communautaire, issu d’une tradition pré‑féodale.
2.2. Les lignages ducaux : Montfort, Dreux, Rohan…
Les lignages qui ont porté le titre de duc ont exercé une souveraineté réelle, mais féodale, non communautaire.
Ils ne sont pas les héritiers naturels des rois bretons. Ils sont les héritiers d’un système féodal imposé.
2.3. Les États de Bretagne : une institution tardive
Les États de Bretagne (XVe–XVIIIe siècle) :
- ne représentent pas les kers,
- ne représentent pas les tudoù,
- ne sont pas une assemblée nationale bretonne,
- n’ont jamais élu ni roi ni duc.
Ils sont une structure féodale, contrôlée par la noblesse et le clergé.
3. Les kers : la véritable source de souveraineté bretonne
3.1. Les kers, matrice politique de la Bretagne
Avant les rois, avant les ducs, avant les États, il y a les kers :
- unités territoriales anciennes,
- communautés autogérées,
- assemblées locales,
- structures de décision collective,
- base de la nation bretonne.
Les kers sont l’équivalent breton des civitates gauloises ou des tuatha irlandaises.
3.2. Les tudoù : les peuples, les lignages, les communautés
Les tudoù sont :
- les groupes humains,
- les familles élargies,
- les communautés locales,
- les acteurs de la souveraineté.
La Bretagne est une nation de tudoù, organisée en kers, fédérée par des chefs élus.
3.3. Le féodalisme : une confiscation
Le système féodal :
- impose des seigneurs extérieurs,
- confisque les terres,
- supprime les assemblées locales,
- remplace les chefs élus par des lignages héréditaires.
La Bretagne féodale n’est plus la Bretagne originelle.
3.4. Aujourd’hui : retour à la base
Ce sont les kers qui doivent choisir, et s’ils le souhaitent, élire un duc ou toute autre appellation.
C’est la seule logique légitime :
- souveraineté locale,
- confédération volontaire,
- choix collectif,
- absence de droit divin,
- absence de succession automatique.
4. Alors, qui est le Roi de Bretagne aujourd’hui ?
4.1. Historiquement : aucun roi en exercice
La Bretagne n’a plus de structure monarchique vivante. Les lignages nobles peuvent revendiquer des héritages, mais pas une souveraineté.
4.2. Symboliquement : des prétendants féodaux
Certains lignages (Rohan, Rohan-Guémené, Rohan-Chabot…) revendiquent des titres ou des héritages. Mais un héritage féodal n’est pas une légitimité bretonne.
4.3. Politiquement : seul le peuple breton peut décider
Un « Roi de Bretagne » ne peut exister que si :
- les kers le reconnaissent,
- les tudoù l’acceptent,
- la souveraineté est confédérale.
Sans cela, il ne s’agit que d’un titre privé.
Conclusion : la Bretagne n’est pas une monarchie féodale, mais une nation communautaire
La Bretagne n’a pas besoin d’un roi pour exister. Elle n’a pas besoin d’un duc pour être souveraine. Elle n’a pas besoin d’un lignage pour être légitime.
Elle a besoin de kers vivants, de tudoù souverains, d’une confédération territoriale.
Si un jour la Bretagne devait avoir un chef — roi, duc, penn, ou toute autre appellation — il ne pourrait être légitime que s’il était choisi par les kers.
C’est la seule continuité historique. C’est la seule légitimité politique. C’est la seule Bretagne authentique.





