Jean-Marie Le Charlès : un destin breton

Jean-Marie Le Charlès, dit parfois Charlo, naît le 22 août 1827 à Pleumeur-Bodou, dans les Côtes-d’Armor, au cœur de la Côte de Granit Rose (comme on dit aujourd’hui). Issu d’une lignée modeste, il grandit dans une région rude.

Une vie dans l’ombre, mais bien réelle

Contrairement à d’autres figures de l’arbre généalogique, Jean-Marie ne laisse derrière lui ni titres ni terres. Sa profession, telle qu’elle apparaît dans les archives, est celle de mendiant. Ce mot, aujourd’hui chargé de stigmates, était autrefois une réalité sociale répandue dans les campagnes bretonnes. Il désigne souvent des personnes vivant d’aumônes, de petits travaux, ou de la solidarité villageoise.

Au XIXe siècle, la mendicité était un problème social majeur en France, exacerbé par des crises économiques et sociales. Les mendiants étaient souvent des travailleurs pauvres, des enfants, des femmes veuves ou des personnes âgées, et leur situation était souvent marquée par l’absence de travail, de moyen d’existence et de domicile. Les dépôts de mendicité, qui ont été établis pour les recevoir, ont souvent été des lieux de répression et de marginalisation. La peur des mendiants et des vagabonds était une réalité sociale qui a influencé les politiques publiques et les représentations sociales de la pauvreté et de la mendicité.

Mais être mendiant ne signifie pas être sans histoire. Jean-Marie fonde une famille nombreuse avec Marie-Françoise Lazbleiz, qu’il épouse en 1865. Ensemble, ils auront plus d’une dizaine d’enfants, dont plusieurs nés à Pleumeur-Bodou entre 1865 et 1900. Ces enfants porteront le nom Charlès et essaimeront dans la région, perpétuant une lignée discrète mais bien vivante.

🧬 Une mémoire à transmettre

Jean-Marie décède le 1er mai 1900, à l’âge de 72 ans, dans sa commune natale. Il aura traversé tout le XIXe siècle breton, témoin des révolutions agricoles, des débuts de l’industrialisation, et des premières migrations vers les villes. Son existence, bien que marginale, est un rappel précieux : chaque vie compte dans la mémoire d’un peuple.

Dans un monde où l’on célèbre les puissants, les lettrés et les bâtisseurs, il est essentiel de se souvenir aussi des humbles, des oubliés, des invisibles. Jean-Marie Le Charlès est l’un d’eux. C’était mon arrière-arrière-grand-père.

Claude Guillemain-Charlès

Un commentaire

  1. Au sujet des mendiants en Bretagne, un ouvrage à lire est celui de Guy Haudebourg : « Mendiants et vagabonds en Bretagne au XIXème siècle », paru en 1998 aux Presses universitaires de Rennes.
    On y lit ce qui suit, au chapitre 2. La Bretagne, terre des mendiants ? :
    « Tout au long du XIXe siècle, les auteurs notent l’omniprésence des mendiants en Bretagne (…) Le vicomte Alban De Villeneuve-Bargemont, préfet de Loire-Inférieure de 1824 à 1828, après avoir interrogé ses collègues en 1830, dénombre en France 198 153 mendiants dont un grand nombre ne mendie que pendant la saison rigoureuse. Après la révolution de Juillet 1830, ce nombre serait passé à 229 698 personnes (+16 %). Selon lui, « sur une population de 2 522 831 habitants, les départements formant la province de Bretagne comptent 152 683 indigents (dont 46 172 mendiants) » soit 1 indigent pour 16 habitants (60 %) et 1 mendiant pour 54 habitants (18 %). Les départements bretons se situent alors aux tout premiers rangs de France par leurs taux de mendicité puisqu’il classe l’Ille-et-Vilaine au premier rang (1/36 habitants), le Finistère au second (1/37 habitants), les Côtes-du-Nord au troisième (1/58 habitants), le Morbihan au neuvième (1/85 habitants) et la Loire-Inférieure au trentième (1/182 habitants).

    A ce propos, nous nous souvenons de la maison vétuste de notre grand-mère à Noyal-Muzillac (56), habitation construite au XIXe siècle, maison au sol en terre battue avec d’énormes barreaux aux fenêtres étroites, donnant l’impression de nous trouver en cellule de prison. La raison de ces barreaux, s’expliquait par les rôdeurs, mendiants et célèbres « chauffeurs » qui écumaient alors les campagnes.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.