En ce 14 juillet 2025, quel regard avisé Léon BLOY (1846-1917) romancier catholique et pamphlétaire français, porterait-il sur la société actuelle ? Une société pétrie d’hédonisme, matérialiste sans une once de spiritualité et de sacré, dévirilisée aux mœurs amollies et contre-nature, devenue la colonie de ses ex-colonies (dixit Poutine) et transformée en jungle sociale par le dogme de la permissivité, où sens national et conscience ethnique ont été éradiqués.
Lui qui fut un écrivain antimoderne lancé dans un combat total contre les vices et les bassesses de son époque ; qui fut un mystique chrétien en quête d’absolu et qui voua un culte effréné à la Vérité ; qui pourfendit la toute-puissance des maitres de l’argent ; qui fut un ardent polémiste dont les imprécations lui valurent mille embuches et des déboires pécuniers qui le plongèrent dans la misère absolue. Qu’écrirait-il aujourd’hui ?
Sa vie fut riche de rencontres avec les plumes renommées de son temps. De Barbey d’Aurevilly à Ernest Hello, d’Alfred Jarry à Louis Veuillot, de Paul Bourget à Huysmans, de Villiers de l’Isle-Adam à François Coppée, de Jules Guérin à Jacques Maritain.
Son œuvre romanesque et pamphlétaire offusquera très certainement nombre de lecteurs habitués aux écrits incolores et sans saveur imposés par la Grande distribution. Autres époques, autres mœurs ! Fut un temps, où les écrivains étaient de vrais écrivains, des écrivains qui s’exprimaient avec leurs tripes sans souci du politiquement correct, où les hommes étaient des hommes, où les femmes étaient des femmes, avant que le relativisme moral, le consensus mou et l’uniformisation ne soient devenus la norme obligatoire.
C’est dans le pamphlet hebdomadaire « Le Pal » de mars à avril 1885, qu’il publia deux articles consacrés à la fête « nationale » du 14 juillet. Fête fondée sur une imposture partisane : celle de la prise de la Bastille qui ne fut qu’un simulacre. Parce que son gouverneur en ouvrit les portes, après avoir reçu à déjeuner une délégation d’émeutiers dont les assauts avaient été menés en vain. Lequel fut vivement remercié par une décapitation et la promenade de sa tête au bout d’une pique.
Voilà ce qu’en disait Léon BLOY :
« Ce soir, 14 juillet, s’achève enfin, dans les moites clartés lunaires de la plus délicieuse des nuits, la grande fête (anti)nationale de la République des Vaincus
La nuit avait eu beau se faire désirable comme une prostituée, et l’entremetteuse municipalité homosexuelle parisienne avait eu beau multiplier ses incitations murales à la joie parfaite, on s’embêtait manifestement. Les pisseux torchons tricolores des précédentes commémorations flottaient lamentablement sur de rares et fuligineux lampions, dont l’afflictive lueur offensait le masque poncif des républiques en plâtre que la goujate piétée de quelques fidèles avait clairsemées sous des frondaisons postiches. Comme toujours, de nobles arbres avaient été mutilés ou détruits, pour abriter, de leurs expirants feuillages, les soulographies sans conviction ou les sauteries en plein air achalandées par les putanats ambiants. Nulle invention, nulle fantaisie, nulle tentative de nouveauté, nulle infusion d’inédite jocrisserie dans cette imbécile apothéose de la Canaille.
On avait été trop sublime, la première fois ! Chaque acéphale avait tenu, alors, à se faire une tête pour honorer l’épouvantable salope dont la France « moderne » fut engendrée. La nation entière s’était ruée au pillage du trésor commun de la stupidité universelle. Mais, à présent, c’est bien fini, tout cela. On continue de célébrer l’anniversaire de la victoire de trois cent mille hommes sur quatre-vingts invalides, parce qu’on a de l’honneur et qu’on est fidèle aux grands souvenirs, et aussi, parce que c’est une occasion de débiter de la litharge et du pissat d’âne. On y tient, surtout, pour affirmer la royauté du Voyou qui peut, au moins ce jour là, vautrer sa croupe sur les gazons, contaminer la Cité de ses excréments et terrifier les femmes de ses insolents pétards. Mais la foi est partie avec l’espérance de ne pas crever de faim sous une république dont l’affamante ignominie décourage jusqu’aux souteneurs austères qui lui ont livré le plus bel empire du monde.
Ce mensonge de fête idiote, ce puant remous de honte nationale dans le sillage de la banqueroute, me fit venir, une fois de plus, la pensée un peu folâtre que cette misérable nation française est bien décidément vaincue de toutes les manières imaginables, puisqu’elle est vaincue même comme cela, dans l’opprobre de ses infertiles réjouissances. Cette république prétendument « française », cette Vomie de Dieu n’a même plus la force de s’amuser ignoblement… »
Léon Bloy. « Le Péché Irrémissible », extrait du journal Le Pal (1885)
« Elle a quinze ans aujourd’hui, notre République, et elle a l’air d’avoir quinze siècles. Elle paraît plus vieille que les pyramides, cette pubère sans virginité, tombée du vagin sanglant de la trahison. La décrépitude originelle de cette bâtarde de tous les lâches est à faire vomir l’univers. Jézabel de lupanar, fardée d’immondices, monstrueusement engraissée de fornications, toute bestialité de goujat s’est assouvie dans ses bras et elle ressemble à quelque très antique Luxure qu’on aurait peinte sur la muraille d’un hypogée. »
Léon Bloy, « La République des Vaincus », extrait du journal Le Pal
SI Léon Bloy revenait aujourd’hui parmi nous, pour dénoncer avec la même fougue, les maux qui assaillent nos compatriotes, mille fois plus aiguës qu’à son époque, il purgerait son audace, son crime de lèse-modernité dans les cachots de la République.
| Convenons avec lui, que célébrer l’assaut d’une prison d’Etat relève d’une pure provocation dont l’historiographie jacobine est féconde. Son symbolisme traduit un choix malsain qui magnifie l’émeute, l’anarchie et le sang versé entre fils d’un même peuple. Un camouflet à l’égard du citoyen épris d’ordre et de justice. Soulignons également le monstrueux paradoxe d’une telle solennité. Faire défiler ce jour-là, des soldats pour célébrer le massacre de leurs prédécesseurs, soldats loyaux à un état de droit, celui de l’Ancien régime, il fallait oser ! Une prime, en quelque sorte, à toute rébellion future. D’où le désordre institutionnalisé que nous subissons jour après jour. Au seul bénéfice des bateleurs d’estrade et des vauriens. Jakez GUILLOUZOUIC (14 juillet 2025) | |






