L’historiographie romantique bretonne a longtemps présenté François II comme un souverain résistant, défenseur des libertés du duché.
Cette vision ne résiste pas à l’analyse.
Le dernier duc Montfort fut avant tout un seigneur féodal en rupture de serment, engagé dans une stratégie incohérente, dangereuse et profondément contraire aux intérêts de la Bretagne.
François II n’est pas un souverain indépendant : il est vassal du roi de France depuis le traité de Guérande (1365), signé par la maison Montfort elle-même. En se rebellant contre son suzerain, il se place en situation de félonie, ce que les chroniqueurs contemporains — bretons compris — ne contestent pas.
Cette rupture n’est pas un acte de liberté nationale, mais un calcul dynastique motivé par la peur de perdre son pouvoir personnel, non par la défense d’un État breton moderne. Depuis Jean IV, les Montfort ont bâti leur pouvoir contre les institutions bretonnes et avec l’appui de l’Angleterre. François II poursuit cette ligne : il ouvre Brest et Saint‑Malo aux flottes anglaises, accepte des troupes étrangères sur le sol breton et engage le duché dans des alliances qui ne servent que les intérêts anglais et castillans.
Cette politique transforme la Bretagne en terrain de jeu des puissances étrangères, au lieu d’en faire un État souverain.
La guerre de 1487‑1491 n’est pas une guerre d’indépendance, mais une guerre privée déclenchée par un duc affaibli, entouré de conseillers divisés, incapable de gouverner. Les conséquences sont catastrophiques : villes ravagées, finances ruinées, noblesse divisée, population épuisée, dépendance accrue aux mercenaires étrangers.
François II laisse à sa fille Anne un duché exsangue, encerclé, politiquement isolé et militairement vulnérable. Le duc meurt en 1488 sans avoir réglé la question essentielle de la succession. Il laisse une héritière mineure, un conseil divisé, des prétendants étrangers, des seigneurs bretons prêts à trahir et une guerre en cours.
Ce chaos dynastique est la cause directe de la situation qui conduit à l’union de 1532. Il est trop facile d’accuser uniquement la France. La vérité est plus complexe : la Bretagne tombe parce que la dynastie Montfort a détruit les équilibres internes du duché. Elle affaiblit les États de Bretagne, marginalise les grandes familles, dépend des puissances étrangères, provoque des guerres inutiles et laisse un vide institutionnel que la France exploite.
Le « traité de 1532 » n’est pas une trahison bretonne : c’est l’aboutissement logique d’un système politique épuisé, incapable de se réformer. La Bretagne n’a pas été vaincue parce qu’elle était faible, mais parce qu’elle était mal gouvernée. Si les Montfort avaient respecté leurs engagements, consolidé les institutions, évité les alliances aventureuses, maintenu l’unité de la noblesse et modernisé l’administration, la Bretagne aurait pu devenir un État comparable au Portugal ou à la Suisse : un petit pays stable, cohérent, respecté.
Loin du mythe, François II apparaît comme un vassal en rupture, un prince manipulé par l’Angleterre, un stratège médiocre, un gestionnaire défaillant et un souverain incapable d’assurer la continuité de son propre duché. La Bretagne n’a pas été vaincue par la France : elle a été abandonnée par une dynastie qui n’a jamais su la gouverner autrement que pour elle-même.





